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L’école est finie

jeudi 29 mai 2014, par Albert

C’était le jour du passage à l’heure d’été à Plouques. Mais ici le changement d’horaire a lieu à midi. Et c’est aussi à ce moment-là que l’école est finie.
Forcément les parents étaient venus un peu en avance. Ils attendaient devant l’école et discutaient entre eux. Ils étaient bien contents que leurs enfants quittent la classe et se retrouvent enfin dans les grandes vacances de l’été.
Ils étaient heureux car cela leur rappelait le temps ancien de leur enfance.
Un des parents ( il semblait assez âgé, ce n’était peut-être qu’un grand-père ) ne racontait-il pas qu’à son époque les élèves faisaient un grand tas de leurs cahiers de travail et de tous les bonnets d’âne en pleine cour de récréation et que le maître y mettait le feu au milieu puis prononçait la formule magique : "Finies les pénitences !" Mais la jeune dame habillée de noir ( peut-être qu’elle était veuve ) à qui il s’adressait ne le croyait pas car elle lui répondit aussitôt : "C’est invraisemblable votre histoire !"
Tous, les mères, les pères et le grand-père se regroupèrent soudain car un long véhicule noir officiel vint déposer le Premier Consul qui voulait peut-être profiter de la fin de l’école pour prononcer un petit discours.
Lorsqu’il descendit de voiture, il pria le chauffeur d’aller plus loin pour dégager la petite place.
Machinalement il se mit à serrer toutes les mains qui se présentèrent comme s’il connaissait tout le monde, c’étaient les mains de celles et ceux qui attendaient.
Ayant fait le tour du groupe, il vint se poster devant la porte de l’école puis essaya naturellement de l’ouvrir comme s’il inaugurait un bâtiment nouvellement construit. Mais la porte résistait, il en conclut pour abréger qu’elle était fermée.
Tout de suite cela lui parut bizarre et il eut l’intuition qu’il y avait là un problème. Cette porte ne devait pas se trouver close, à plus forte raison lorsque c’était le Premier Consul qui voulait l’ouvrir.
Donc il appela le central des Satiruces pour qu’on envoie IMMÉDIATEMENT des personnels pour ouvrir cette porte.
Il décida, dans le même élan, que deux précautions valent plus qu’une seule et déclencha l’alerte chez les pompiers.
Les deux groupes de renforts arrivèrent devant l’école presque en même temps. Les pompiers et leur camion-citerne commencèrent à dérouler leur batterie de tuyaux comme à l’entraînement et puis ils attendirent que les Satiruces réussissent à franchir l’entrée.
Mais aucun d’entre eux n’avait la bonne clef, aussi un Satiruces fut envoyé en éclaireur. Il passa par-dessus le mur grâce à l’EPP ( Échelle personnelle plastifié ) d’un pompier. L’escaladeur fut l’auteur d’un épisode un peu comique car arrivé en haut du mur, ne voulant pas sauter, il réclama une autre échelle pour descendre de l’autre côté. Il disparut enfin et le silence revint et l’attente recommença sans bruit.
La jeune dame veuve en noir s’approcha du Premier Consul pour, discrètement, lui demander ce qui se passait.
Elle l’écouta sans bouger mais les explications qu’elle avait pu obtenir ne lui suffisaient certainement pas car elle revint vers le groupe de parents en criant dans le calme de la petite place :
"Mais c’est pas possible !
On peut pas laisser faire des choses pareilles !
Mais c’est pas vrai ça !"
Puis d’un coup elle se tut. Personne n’avait entendu ce que le Premier Consul lui avait dit et le silence redevint presque normal.
Au bout d’un moment il y eut du bruit derrière la porte. Ce devait être le Satiruces envoyé exprès. Il devait s’acharner sur la serrure mais comme il se servait d’un gros marteau et d’une longue tige de fer en forme de burin, il arriva ce qui devait arriver. La porte s’ouvrit en grand parce que la serrure sous les assauts répétés du Satiruces avait cédé. Elle gisait maintenant au sol.
Le Premier Consul put enfin entrer dans la cour de l’école ; il entra dignement le premier sans précipitation pour ne pas affoler un peu plus les parents qui déjà s’impatientaient derrière lui.
Ils découvrirent ensemble le spectacle des lieux. Sur le sol de la cour étaient parsemés de longs tortillons de papier tantôt bleu, tantôt blanc. Toutes les vitres de la classe avaient été recouvertes de papier blanc sur lequel on avait gauchement dessiné de petites fenêtres rondes comme on en voit sur les bateaux. Sur le rebord du balcon, au-dessus de la classe, pendait un carton où était peint grossièrement en noir une ancre à l’extrémité d’une sorte de cordage.
Un enfant, sorti d’on ne sut où, vint expliquer au Premier Consul que les papiers qui jonchaient la cour figuraient symboliquement les vagues de la mer.
Après quoi le Premier Consul lui demanda où se trouvaient le maître et ses petits camarades.
– Ils sont dans le bateau.
C’est ce qui lui fut répondu.
– Mon petit, reprit le Premier Consul, nous sommes sur la terre ferme, en pleine ville, il n’y a pas de bateaux par ici. Où veux-tu m’emmener, lui demanda-t-il.
– Mais c’est la classe qui est devenu notre bateau. Et ce matin avec le maître nous avons levé l’ancre ( il fit signe vers le haut du balcon ) pour aller en voyage au pays des grandes vacances.
Voyez les fenêtres de la classe, nous les avons décorées comme les hublots des grands paquebots.
Le Premier Consul les regarda encore une fois.
– Effectivement le résultat ne manque pas d’allure, dit-il à l’enfant.
– Maintenant nous allons assister à l’arrivée du bateau, reprit l’enfant.
En haut, sur le balcon la troupe des enfants apparut avec en tête le capitaine ( c’était marqué sur un papier au-devant de son blouson ) puis les matelots qui le suivaient et en fin le maître qui, lorsqu’il fut arrivé à sa hauteur, jeta l’ancre au milieu de la cour.
C’est à ce moment qu’il proclama : "L’école est finie".
En bas dans la cour de l’école, l’enfant puis le Premier Consul et aussi les parents, tout le monde applaudit.

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