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Les aveugles
jeudi 29 mai 2014, par
Je voulais faire un texte sur les aveugles qui portent des lunettes noires.
On ne m’a pas bien compris ou bien, comme d’habitude, je me suis mal expliqué ( certains sont même allés jusqu’à me dire que je ne savais pas me vendre ! Quel est le rapport ? ).
Par aveugle, j’entends, j’entendais les gens qui se cachent derrière des lunettes noires sous prétexte de la lumière crue du soleil qui aveuglerait leurs pupilles ( serait-ce un problème d’accommodation ou bien des iris trop sensibles ? ).
Les gens à lunettes noires deviennent peu à peu invisibles. Sont-ils conscients de cet étrange et inquiétant phénomène ?
Avec la disparition de leurs regards nous sommes nombreux, de plus en plus nombreux me semble-t-il, à avoir constaté un affaiblissement de leur image et par endroits, en certains moments de la journée, ils disparaissent totalement à notre vue.
A chaque fois j’ai l’impression de les voir un peu moins, de les remarquer aujourd’hui moins qu’hier dans le paysage, et peut-être que demain ou un autre jour je ne les distinguerai plus du décor.
Les gens qui ( me croisent et ) portent des lunettes noires deviennent peu à peu invisibles car avec la perte de leur regard il me semble que leur image s’affaiblisse. Non pas qu’ils n’existent plus mais ils paraissent s’être fondus dans le paysage. Je ne les distingue plus alors qu’ils continuent de bouger, d’avancer, de monter des escaliers ou de descendre des marches ; j’ai l’impression qu’ils sont entrés dans le cadre.
C’est comme si je marchais au beau milieu d’une foule de sourds et muets, je continuerais de les voir mais sachant qu’ils ne peuvent m’entendre ni me répondre je passerais près d’eux comme si je ne les voyais pas.
Évidemment il y a le soleil qui brûle et brille partout et pas seulement sur les ponts des rivières.
Mais soudain je repense à Milena.
Elle disait que ce qu’on voyait au travers d’une fenêtre était plus passionnant que la réalité.
Elle disait aussi que la fenêtre était pour elle un gage de liberté par rapport aux choses vues et regardées.
Elle ajoutait que la fenêtre c’était le seul moyen d’échapper aux problèmes, aux malheurs.
Et alors c’est peut-être ce qu’ils font les porteurs de lunettes noires : ils installent entre eux et le monde qui les entoure une fenêtre.
Pour le voir plus beau.
Pour préserver leur indépendance.
Pour quitter leur tristesse à laquelle ils ne veulent plus dire bonjour.
Je comprends bien la magie de ces fenêtres mais pourquoi noires ?