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61 - L’angoisse de Christophe Rosso

samedi 9 août 2025, par Albert

Christophe Rosso a pris l’habitude d’acheter le journal local un jour sur deux.
Aujourd’hui, il va au kiosque installé sur la promenade et prend le numéro en vente. Il va le lire chez lui, sur sa terrasse à l’abri du soleil qui est rarement absent ici.
Dès qu’il s’installe, il est happé par le titre qui figure au bas de la première page :

Sur les hauteurs de Gilette un promeneur a disparu depuis deux jours.
Le peloton de policiers de la SATIRUCES 55-45 est sur place depuis hier. Leurs recherches n’ont toujours pas abouti.

Ce titre qui s’apparente à un fait divers inquiète Christophe Rosso.
Est-ce que le journal en a déjà parlé ? Il faut retourner chez le marchand de journaux et voir s’il lui reste un exemplaire du journal d’hier.
Par chance le kiosquier en a un parmi les invendus.
Au retour Christophe va enfin pouvoir trouver d’autres renseignements sur cet homme.
Et effectivement, hier déjà, le disparu faisait la une du journal.

On déplore un accident qui aurait pu arriver à un homme d’un certain âge et qui est parti découvrir la montagne d’Utelle. Il n’a pas réapparu à son hôtel et sa voiture immatriculée dans le département est toujours là devant l’entrée de l’hôtellerie. On ignore son identité, les SATIRUCES n’ont pas voulu communiquer.

Notre lecteur est angoissé à tel point qu’il va aller acheter le journal chaque jour pour savoir quoi et qu’est-ce.
Mais pourquoi s’inquiète-t-il à ce point ?
Si nous lui avions posé la question, il nous aurait répondu :

Je connais particulièrement la région où l’homme s’est perdu. Dans ma jeunesse, en été, je passais toutes mes vacances chez mon oncle et ma tante qui habitent Gilette. Je connais très bien la région car souvent mes oncle et tante m’amenaient dans les hauteurs de Gilette. Ils sont même une fois allés tout près d’Utelle visiter le Vallon du Silence. Un lieu dont j’ai gardé le souvenir. À l’époque, j’avais été très impressionné. Mon oncle avait-il voulu me faire peur ou bien ce n’était qu’une bravade, je ne sais plus.

Nulle part dans le journal on n’indique le nom du promeneur.
Ça fait rien, Christophe s’inquiète et va acheter le journal tous les jours.
Il imagine que le promeneur est tombé et qu’il ne peut bouger. Il attend les secours mais il a le sentiment qu’ils ne viendront pas. Il va mourir tout seul, abandonné.
Le troisième jour il est question d’un chien qui appartiendrait au promeneur. Quelqu’un l’a vu et le décrit :

C’est un vrai bâtard dans le genre épagneul breton avec des taches marrons sur son pelage.

Quelques SATIRUCES auraient essayé de suivre le chien. Mais cela ne donne rien car l’épagneul veut bien les emmener mais là où il va il n’y a personne. On dirait même qu’il les promène sur un circuit qu’il connaît par cœur et qui finit toujours devant l’hôtel.
Le quatrième jour les policiers ont appris de l’hôtelier que ce chien qui s’appelle Olibrius appartient à un voisin, absent en ce moment, qui l’a dressé pour attirer les promeneurs jusqu’à l’hôtel.
Cette information a déçu Christophe car il espérait beaucoup du chien mais devant les révélations de l’hôtelier, il perd son optimisme.
Jour après jour l’espoir s’amenuisait et les tourments de Christophe augmentaient.
Il revoyait le vallon du silence, pressentait que le marcheur était tombé là, qu’il se mourait dans l’indifférence générale.
Il voulut un moment aller dire aux Satiruces ce qu’il savait et au besoin les conduire où le promeneur avait pu tomber.
Mais avant, il a téléphoné à son oncle. Il lui a raconté ce qui se passait et lui a demandé son avis sur une éventuelle intervention auprès des policiers.
L’oncle lui a gentiment déconseillé de le faire. Et il a jouté :

Si ce type a fait une chute et s’il y a plusieurs jours qu’ils le cherchent, je suis plus que certain que le jour où ils le trouveront, il sera mort depuis longtemps.

Puis deux jours plus tard, le journal lui apprit qu’un témoin aurait vu partir le promeneur et le chien mais ils étaient suivi, paraît-il, par une femme (dans le genre bohémienne) qui les poursuivait en leur hurlant, quoi ? On ne savait pas.
Alors Christophe imagina que la bohémienne avait suivi l’homme, qu’ils s’étaient disputés et que dans un geste involontaire ou brusque elle l’aurait fait tomber au fond du ravin.
Mais quelle pouvait être la valeur de ce témoignage qui intervenait au septième jour de la disparition de l’homme ?

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