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60 - L’autre coin de la rue

jeudi 7 août 2025, par Albert

Il descendit les escaliers en se répétant les mots auto-entrepreneur, c’était peut-être dangereux car il ne regardait pas trop où il mettait les pieds.
Arrivé au bas sans encombre, il s’arrêta devant la glace et se regardant parler, il dit : "Je ferai de la figuration, d’accord, puisque je ne sais faire que ça. Mais je serai indépendant, c’est à la mode actuellement, je serai un entrepreneur individuel".
Il se tourna vers la porte de sortie et vérifia que personne ne l’avait observé pendant son discours. Et il allait poser sa main sur la poignée de la porte quand soudain il se rappela qu’il avait oublié de fermer la porte de son appartement.
Pendant presque un quart de seconde, il hésita (est-ce que cela était important ?). Oui, pensa-t-il, il me faut remonter tous ces escaliers.
Et il monta et cette fois sans se répéter quoi que ce soit car il crut comprendre que c’était là la cause de son oubli.
Lorsqu’il arriva, il put constater qu’il avait aussi laissé les clefs à l’intérieur. Il dut rentrer chez lui et les décrocher du porte-clés en bois qu’il avait dans le petit réduit qui lui servait d’entrée.
Il sortit, tira la porte, ferma les trois verrous et redescendit calmement.
Arrivé en bas, il se fit la réflexion que somme toute revenir sur ses pas ne lui avait pas pris tant de temps que ça. Pour un peu il allait se féliciter d’avoir remonté alors que son départ précipité était le seul fautif.
Sans refaire la déclaration d’intentions devant la glace il sortit
Dès qu’il fut dehors l’air frais le surprit à tel point qu’il ne sut de quel côté aller. Il hésita mais penchant déjà à gauche, il partit à droite pour bien se faire voir qu’il était, maintenant qu’il s’était promu auto-entrepreneur, le maître de ses décisions.
Il passa plusieurs rues mais leurs coins ne lui plurent pas assez pour qu’il s’arrête ou même qu’il hésite.
Malgré tout il aborda une rue où il y avait beaucoup de voitures et il dut attendre.
L’une d’elles s’arrêta sur le trottoir en-face de lui.
C’était Didier Moreau. Il baissa la vitre et lui demanda ce qu’il fichait là.
 Mais comment, vous n’avez pas reçu ma lettre de démission ? je vous l’ai envoyée tantôt.
 Je n’ai encore rien reçu.
 Je ne suis plus votre salarié, je suis devenu auto-entrepreneur. C’est moi qui dis ce que je dois faire.
 Pas possible, ah ! ben ça alors comme surprise c’en est une belle !
 C’est comme ça, c’est la vie.
 D’accord, mais là tu fais quoi ?
 Comme ma décision a été un peu rapide, je n’ai pas eu le temps de réfléchir alors je reprends l’histoire du coin de la rue mais ce sera à ma façon.
 Bon, et bien bonne chance et à la prochaine.
 Il n’y en aura pas, j’ai fini d’être votre esclave.
La vitre remonta et le véhicule s’en alla.
Mais pendant tout cet échange chacun était resté de son côté.
Le prochain coin lui plut bien et il s’y arrêta d’une manière plus ou moins naturelle.
Il savait que les gens ne s’arrêtaient à un endroit que pour attendre, quelqu’un ou quelque chose.
Mais pour le moment il n’attendait rien ni personne.
Il se dit qu’il avait rendez-vous avec lui-même. Puisqu’il était devenu libre, il lui fallait trouver une idée.
C’est avec un peu de souci qu’il pensa à la lettre-avion de papier. Didier la recevrait-il un jour ?

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