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57 - C’était juste pour te dire
dimanche 30 juin 2024, par
Arrivé sur la place, j’ai trouvé les gens en effervescence. Ils faisaient beaucoup de bruit car on venait de couper l’arbre qui auparavant paradait au beau milieu.
Alors que j’étais assez pressé, tout ce remue-ménage m’obstruait le passage.
J’ai dû faire le tour complet pour arriver à sortir car en plus il y avait un groupe de techniciens des arbres qui s’agitaient furieusement et semblaient faire du bruit presque pour le plaisir. Il faut préciser qu’il y en avait plusieurs avec des scies qu’ils faisaient tourner pour faire savoir qu’ils faisaient quelque chose. Pour pas que leurs outils se rouillent ou s’endorment.
Ces travailleurs n’avaient pas l’air d’être dirigés par qui que ce soit. Effectivement, un gars était attablé au bar avec un verre devant lui, il semblait être le chef. Il les regardait faire d’un air attendri.
Bref, je devais sortir de ce rassemblement tumultueux, aussi je me suis faufilé derrière une dame d’un âge certain et juste au moment où je passais à sa hauteur, j’entendis qu’elle criait dans son téléphone : "C’était juste pour te dire".
Je n’ai pas entendu la suite, il y avait beaucoup trop de bruit
C’était peut-être une mère qui téléphonait à sa fille ou bien à son mari, personnes proches d’elle.
La fille ou le mari peuvent être considérés comme des subordonnés, donc elle vient donner des ordres mais elle prend des gants pour le faire.
Ce n’était certainement pas pour dire que l’arbre avait été coupé, la fille et le mari devaient s’en ficher.
Je pouvais tout imaginer, par exemple la dame pouvait dire à sa fille qu’elle va voir quelqu’un, ou bien qu’elle va manger dans un restaurant rapide végétarien ou tout autre chose.
Mais malgré tout ce que j’aurai pu inventer, je restais là comme si elle m’avait attrapé par les oreilles et qu’elle m’ait empêché d’aller plus loin.
Ou bien, c’était ma curiosité qui m’offrait là une occasion à ne pas laisser passer.
Alors je me suis arrêté mais pas trop près pour ne pas avoir l’air d’espionner cette élégante dame.
J’observais les hommes qui travaillaient et s’attaquaient au tronc encore debout. Ils faisaient une tranche verticale puis une autre en croix et enfin horizontalement, ils faisaient marcher leurs scies qui faisaient beaucoup de bruit, et le bois coupé en faisait encore plus. C’était un peu comme s’il leur disait : « Eh les gars, allez-y mou ou je me fâche ».
Chacun voulait tenir sa scie et faire du bruit avec, un peu comme le jeu de celui qui ferait le plus de bruit.
Je trouvais leur façon de procéder bizarre.
Est-ce que cette attitude fut mal interprétée, les techniciens ne voulaient ils plus voir de témoins à leur laisser-aller ?
Ils se regroupèrent et firent des signes comme quoi ils n’étaient pas d’accord sur notre présence. Aussi, je me rapprochai de la dame pour faire bloc de défense et en même temps impressionner un peu ces rouspéteurs.
Au lieu de protester contre notre présence, ils auraient mieux fait de travailler avec un peu plus de sérieux.
Maintenant que j’étais près d’elle, je pouvais sentir le parfum qui l’entourait. C’était calmant et charmant à la fois. D’un autre côté, me voyant arriver près d’elle, elle se sentit un peu rassurée.
Elle était toujours en train de téléphoner. Je ne comprenais plus ce qu’elle disait. Elle parlait dans une autre langue que je ne connaissais pas. Pourquoi faisait-elle ça ? Se méfiait-elle de moi ?
Et chaque fois qu’une scie déchirait l’air, elle criait presque dans son téléphone mais cela ne m’avançait pas car je ne comprenais toujours pas.
Le travail des techniciens semblait bientôt achevé. Leur chef avait enfin daigné se déplacer pour constater l’avancement des travaux ; il ne restait plus qu’un mauvais moignon de bois qui affleurait encore.
La dame se tourna vers moi car elle avait fini sa communication, elle me dit sur un ton interrogatif :
– Vous croyez qu’ils replanteront le même ?
– Apparemment la vie de l’arbre est finie. Est-ce qu’ils en replanteront un de la même espèce, c’est peut-être possible mais je n’en sais fichtrement rien.
Sentez-vous l’odeur du bois qui s’exhale du moignon. Elle ressemble à celle des oliviers.
– Non, je ne sens pas. Éloignons-nous d’eux.
– Vous savez, ils prétendaient que l’arbre était malade, c’est pour ça qu’ils l’ont découpé en tranches. Elles vont être analysées, à ce qu’on m’a dit.
– Pensez-vous ! C’était uniquement pour s’amuser. En même temps ils se moquaient un peu de leur chef qui se tenait à l’écart.
En revanche vous êtes resté près de moi malgré le bruit, je trouve que c’est très gentil de votre part.
Vous pensez que cet arbre était vraiment à abattre ?
Il devait gêner quelqu’un, c’est mon avis. Peut-être une personne influente qui habite sur la place et qui en avait assez de le voir, devant sa fenêtre tous les jours de l’année.
Et je vous fiche mon billet qu’on ne replantera pas d’arbre.
– À propos de son film "Une histoire vraie" David Lynch dit que l’histoire peut être vraie ou fausse mais que si on y entre, on finit par y croire à fond.