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54 - Au bout de l’impasse
lundi 17 juin 2024, par
Que l’on soit ici ou là, il n’y a jamais le silence. Partout on trouve le bruit des gens qui parlent, des choses qui s’entrechoquent, qui se déplacent.
Tel jour, j’étais parti à la recherche d’un endroit où il n’y aurait pas de bruit, d’un coin où je pourrai essayer d’entendre le silence.
J’ai tourné d’un côté, de l’autre ; j’ai monté, j’ai descendu puis j’ai fini par me décider : je sais où je vais aller, je vais aller au bout de l’impasse.
Là-bas personne ne parlera, il n’y aura pas de voiture, pas de charrette, pas de chariot.
L’impasse ; la nommer servirait-il à quelque chose ? Non, car tout de suite vous iriez pour voir quoi et qu’est-ce.
Donc, sans dire le nom, je me suis approché et lorsque je suis arrivé au début de l’impasse, je me suis retourné pour voir si vous m’aviez suivi.
Non, personne n’était là, j’étais seul.
Dès les premiers pas, j’ai essayé de ne pas faire trop de bruit avec mes grosses chaussures pour voir si déjà le silence était là.
Non, il n’était pas encore là.
Il fallait avancer et donc je me suis mis en marche. Sans aller trop vite pour ne pas faire de bruit.
Mes pas étaient presque silencieux. C’était d’abord un chemin plat puis il fallait tourner un peu sur la gauche. En suite une grande descente, à ce moment, j’ai entendu des gens parler mais ils ne se disputaient pas, ils causaient simplement.
En bas, tournant sur la droite puis encore une petite montée au bout de laquelle, j’ai tourné à gauche puis à droite.
Enfin un peu de plat, ici le chemin n’était pas bien goudronné, par endroits ce n’était que des cailloux. Marcher là faisait du bruit mais ça n’a pas duré.
Maintenant c’était une petite descente. Des deux côtés du chemin des pierres manquaient dans les murets comme si elles aussi avaient voulu partir à la recherche du silence.
Arrivé en-bas (de la descente) nouveau tournant à droite cette fois. Un grand mur de cairons pas crépis faisait un peu d’ombre mais en même temps donnait l’impression d’un certain abandon.
Puis pour finir une petite descente et pendant que j’avançais j’entendis les oiseaux qui me faisaient une sorte de chant d’accueil.
Je me demandais si ma présence avait déclenché ce concert ou bien si ça durait depuis toujours.
J’avançais en musique. J’eus l’impression que chacun selon son importance jouait à son tour pour mon plaisir.
Voilà que j’étais enfin arrivé au bout de l’impasse. Une pierre plate était posée au bas du mur de pierres sèches. C’est là que je m’assis.
Et la musique continua pendant un long moment.
Puis tout d’un coup plus rien, plus aucun bruit, plus de son.
Enfin j’entendis le silence.
Si c’était faisable, j’aurais voulu remercier les oiseaux. Ils avaient compris dans leurs petites cervelles que j’étais venu ici pour entendre le silence.
Mais bien sûr, c’était moi qui imaginais ces choses car immédiatement je crus comprendre…
Un prédateur silencieux qui faisait le moins de bruit possible avec ses ailes venait de se poser dans le quartier. Les oiseaux chanteurs l’avaient reconnu et repéré avant moi.
Et c’est plutôt à lui que je devais dire merci pour ce silence de mort. Sans le voir, je savais qu’il venait là pour surprendre une proie pour manger, pour vivre.
Enfin je me rendis compte du côté un peu choquant de cette sorte de silence.
Il n’y avait plus de bruit parce que les oiseaux savaient qu’ils risquaient leur vie au moindre murmure, au plus petit bruit.
Et moi qui était venu ici chercher le silence !
Mais pourquoi ne voulais-je rien entendre ?
Je me mis à souhaiter que cet oiseau de malheur s’en aille ailleurs et qu’enfin le concert de la vie reprenne le dessus.
Il est des jours où tous les souhaits se réalisent mieux que d’autres jours.
J’entendis comme un battement d’ailes et très vite le silence que j’avais tant recherché disparut peu à peu.
Je me remis debout et refis le chemin inverse accompagné à nouveau par le chant des oiseaux.