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53 - Les 3 repères verts

mercredi 1er mai 2024, par Albert

Il faut dire qu’au début, la première fois que je les ai vus, ils étaient bleus et ronds ; puis ils sont devenus jaunes mais ils étaient toujours ronds, toujours trois, pas un de plus ni un de moins.
Et puis, un beau jour, tout d’un coup, je les ai trouvés peints en vert. Un joli vert amande, très discret, très plaisant à voir, un peu comme l’eau de la rivière du jardin des Munes au printemps.
Ce n’est que bien plus tard que de ronds qu’ils étaient, ils sont devenus triangulaires.
Lorsqu’ils étaient ronds cela voulait peut-être dire quelque chose mais lorsqu’ils sont devenus triangulaires, il n’y avait plus de doute, c’était à mon avis que, véritablement, ils indiquaient une direction.
Mais pour dire la chose, il faut que je les situe exactement sinon vous me poserez la question :
 Mais ils étaient où ces ronds, ces triangles, ces machins ?
 Eh bien, c’est ici que je bute sur l’inconnu.
Figurez-vous qu’ils étaient tous au coin des rues, sur le trottoir.
Mais ce n’était pas régulier ; je ne peux pas affirmer qu’il y en avait à chaque coin de rue.
Il y a même des quartiers de la ville où je n’en ai jamais vu.
Enfin, il faut avouer que ces marques sur le sol ne sachant pas pourquoi elles étaient là, ça me troublait un peu.
Pourquoi ? Je ne sais pas.
Vous me direz, c’est peut-être la curiosité du gars qui n’a rien d’autre à faire.
Peut-être.
C’est pour ça que j’ai cherché une explication mais personne, de tous les gens que j’ai interrogés, ne savait.
C’était le brouillard complet.
Alors, j’ai cherché tout seul.
À défaut d’avoir ou de trouver des explications rassurantes, j’ai parcouru petit à petit tous les quartiers de la ville. Et sur un plan, je notais la présence des marques.
Mais au-delà du nombre, j’étais pas plus avancé.
Et j’en suis arrivé à un moment où je me suis dit : Il faut que tu trouves ceux qui dessinent ces traces sur les trottoirs. Eux te diront quoi et qu’est-ce.
Le plus étonnant, c’est que chaque fois que j’en trouvais des nouvelles, la peinture au sol était sèche.
Et c’est comme ça que m’est venue l’idée que ces trucs, ces triangles de couleur devaient être peints sur les trottoirs la nuit. À tous les coups, ceux qui faisaient ça, le faisaient la nuit.
Et vous allez voir que je ne me suis pas trompé.
Le premier soir où je suis sorti à la recherche de ceux qui traçaient les marques, il m’a semblé apercevoir un type au comportement un peu bizarre. Il était au coin d’une rue, regardait d’un côté et de l’autre puis il se penchait sur le sol y posait un genre de pochoir en carton et peignait les trous avec un pinceau rond celui qu’on appelle une brosse à rechampir.
Je l’ai suivi pendant un long moment et il a recommencé son manège plusieurs fois.
C’était toujours au coin d’une rue, sur le trottoir.
J’ai tenté de le rejoindre mais il avait soudainement disparu.
Plusieurs fois, j’ai essayé de le retrouver mais ce fut en vain. Il se peut bien qu’il se soit aperçu que je le suivais. Et pendant un certain temps, il n’y a plus eu de marques. Puis quelques temps après, cela a recommencé.
Donc, je suis ressorti la nuit pour le trouver et j’ai fini par réussir à le rattraper, à le joindre.
Je l’ai accosté et il m’a expliqué qu’il traçait ces marques vertes pour inciter les gens de la ville à aller vers la campagne.
Je lui ai demandé pourquoi il avait changé la couleur : C’est parce que le vert sauve, qu’il m’a répondu.
Inutile de vous dire que je n’y ai pas cru une seconde.
J’ai rendez-vous avec le Baladeur du Bureau du Tourisme de Plouques, je vais lui en parler.

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