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50 - La Maison des Ailleurs
vendredi 30 juin 2023, par
Sait-on pourquoi Vamka est à la recherche de La Maison des Ailleurs ?
Elle a demandé à Jeanne, sa sœur, la compagne de Didier Moreau, mais Jeanne ne peut pas, elle est désolée, son jardin et ses nombreuses fleurs occupent tout son temps.
Alors elle est allée frapper à la porte de Didier, l’écrivain à mi-temps. Quand elle lui a expliqué ce qu’elle cherchait, il a dit qu’il était d’accord.
Il ira avec elle car il sait que la maison que recherche Vamka est celle où habite son ami Charles Khon-Grallet.
Ils partent ensemble et se dirigent vers le centre de Plouques. Sur le trajet, par chance, ils rencontrent justement Charles qui, apprenant ce qu’ils voulaient, retourne chez lui avec eux ; il veut bien les accompagner.
– C’est avec plaisir que je vous conduis mais, vous ne le savez peut-être pas, le nom de l’immeuble a changé. Le nouveau nom, c’est La Maison des Ailantes, il est la suite d’une histoire assez drôle.
C’est un peu compliqué à expliquer. Cela date du jour où ils ont fait abattre l’arbre qui s’élevait fièrement au milieu de la cour de l’immeuble. Quel arbre ! Quelle histoire !
Lorsque nous serons arrivés je vous raconterai tout cet évènement qui est arrivé un triste matin d’hiver.
Quand je me suis installé ici dans mon appartement, je n’ai pas remarqué l’arbre car il était complétement dépouillé, c’était la fin de l’année. Ce n’est qu’au printemps suivant que j’ai pu admirer son allure. Il était très grand et ses feuilles et ses branches arrêtaient le soleil. Il procurait aux habitants du lieu une ombre bienvenue en été.
Pendant qu’ils cheminaient Didier a présenté Vamka à Charles. Il lui a expliqué sa profession de bétulicultrice et, chose étonnante, Charles a compris tout de suite qu’il s’agissait d’une exploitation de bouleaux.
Il a dit :
– Dans la cour de notre immeuble il n’y a jamais eu de bouleau.
Puis ils ont fini par arriver.
C’était un grand immeuble de plusieurs étages, on y pénétrait par une très grande porte où pouvait même passer des camions. C’était bien pratique les jours de déménagement.
Ils passèrent sous le porche, Charles les arrêta alors et leur montrant le centre de la cour, il leur dit :
– C’est ici qu’a eu lieu le drame de l’ailante.
– Mais alors il y a eu un accident, avec des morts peut-être, demanda Vamka.
– Non, mais non, ce n’est pas ce que je voulais dire. Vous m’avez mal compris.
Le drame en question est celui d’un arbre superbe, l’ailante qui a été abattu un matin d’hiver.
Savait-on qui l’avait planté ? À mon avis, il était arrivé là tout seul, poussé certainement par le vent, ce grand spécialiste du transport de graines.
Il avait grandi, années après années, et avait été adopté par tous les résidents pour lesquels il était devenu un repère de leur vie.
Mais un jour, un couple est venu habiter ici et ils l’ont pris en grippe dès qu’ils l’ont vu. Pour quelle raison, on ne l’a jamais su.
Étaient-ils jaloux, je ne saurai le dire mais ils ont mis en œuvre tout ce qui leur a été possible pour le faire disparaître. Et ils y sont arrivés après plusieurs années d’acharnement.
Ils ne manquèrent pas d’arguments, tantôt c’était l’odeur des feuilles qui les dérangeaient. D’autres fois les fruits qui volaient de tous les côtés. Puis ce furent les racines de l’arbre qui menaçaient de soulever l’immeuble. Ce dernier motif emporta la décision et l’arbre fut perdu.
C’était l’hiver.
La veille la neige était tombée sur la ville, la recouvrant d’une épaisse couche de silence.
Au petit matin, après le lever du soleil, l’arbre a été misérablement abattu.
Devant lui le couple maudit jubilait et les autres habitants qui assistaient à la fin de leur arbre s’étaient éloignés.
L’opération a été rapidement exécutée et les morceaux de bois furent évacués très vite.
Il y eu même un grand final : une imposante machine est venue pour creuser un énorme trou à la place du tronc, au cas où les racines survivraient.
Avant qu’il soit midi, il n’y avait plus trace de l’arbre, seul au milieu de la neige restait un gros trou noir.
Et puis vous savez comment ça se passe ici, le lendemain la neige avait fondu.
Après l’hiver vint le printemps. Et chaque fois que nous traversions la cour nous déplorions l’absence de notre arbre.
Mais nous finîmes par nous apercevoir qu’il y avait des petits ailantes de partout. Les graines de l’arbre avaient pris racines dans tous les endroits possibles de la cour.
De dépit, le couple haïssable s’en alla définitivement et le jour où ils déménagèrent le nom de l’immeuble fut changé, il est devenu La Maison des Ailantes.
C’est alors que Vamka, compatissante, proposa de planter un de ses bouleaux à la place de l’ailante.
Mais Charles la remercia et lui expliqua avec un petit air ironique et blagueur :
– Si nous avons changé le nom de la maison, ce n’est pas pour rien.
Figurez vous que les ailantes ne vont pas voir ailleurs comme le faisait Arthur mais ils sont bien plus efficaces, ils montent au ciel pour essayer de savoir quoi et qu’est-ce.