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45 - Vamka
mardi 24 mars 2020, par
À Plouques, le Consul vient de réunir son conseil. Habituellement, il comporte douze magistrats mais aujourd’hui, il en manque un.
Après leur avoir exposé le problème de la qualité de l’air en ville, il leur a rappelé qu’une expérimentation durait depuis quelques années pour essayer de trouver une solution.
"À l’heure actuelle, c’est un succès complet, leur dit-il. Nous allons l’appliquer sans aucun délai."
Après de nombreuses questions et d’excessives explications, il les a remerciés de leur présence et la séance a été levée.
À la sortie de la réunion, les onze magistrats retrouvent celui qui n’avait pu être présent et ils lui expliquent les tenants et les aboutissants de l’affaire.
– Il était radieux, il était fier de lui et de sa trouvaille.
– Il a réussi à nous expliquer le problème mais il allait très vite car il voulait arriver à la fin de son exposé, il a été très communicatif.
– Il nous a montré l’état de l’air en ville avec des courbes et des chiffres qui faisaient peur.
Il disait : "Tous les jours vous respirez cette atmosphère complètement pourrie, tous les gens de la ville avalent ça sans rien dire."
– Et c’est lors de la réception annuelle des nouveaux habitants qu’il a eu la révélation de la solution.
Ce jour-là, il y avait foule et c’est au beau milieu qu’il a aperçu une jeune femme pas plus grande que les autres mais elle avait une chevelure rousse avec de longs cheveux frisés.
Dès qu’il l’a vue, il ne sait toujours pas pourquoi, mais il s’est dit immédiatement : "C’est elle qui va nous aider."
À cet instant, il ne savait pas pourquoi mais il savait qu’elle lui amenait la solution.
Et lorsqu’elle se présenta au consul, elle lui dit : "Je m’appelle Vamka Chelvert et je viens m’installer dans votre commune comme arboricultrice. Mais je n’élèverai qu’une seule sorte d’arbre."
Le consul se figura tout de suite qu’elle voulait parler du micocoulier qui pousse si bien à Plouques mais il était assez éloigné de la vérité car elle a ajouté :
"Je suis spécialiste du bouleau blanc et je ne cultiverai que ça."
Il sentit qu’il devait lui dire impérativement le problème de la ville. Et elle lui a répondu qu’il pouvait toujours essayer de planter des bouleaux en ville et qu’il verrait bientôt le résultat.
Alors, une semaine après la réception des nouveaux, elle lui a amené trois plants de bouleaux qui étaient déjà assez grands et le consul les a pris avec joie mais ne lui a pas dit où il allait les planter.
– C’est à nous qu’il a révélé l’endroit. En fait, il les a mis en terre dans le sol de la cour de la maison d’un de ses cousins qui habite tout près du château.
Et c’est comme ça que depuis la plantation, chaque jour il est allé sur son balcon, celui de la maison sur le pont sur la rue du Ruisseau (que tout le monde appelle Le Château) et que de là, il observait les 3 bouleaux qui grandirent année après année.
"Ça y est, nous a-t-il dit, ils sont arrivés au-dessus des maisons", et il attend l’arboricultrice pour savoir de combien d’arbres il va pouvoir disposer. Mais là où il va les mettre, il ne nous l’a pas encore dit. Il attend de l’avoir vue et ensuite nous saurons tout.
Le magistrat qui n’avait pas pu venir à la réunion avait écouté les onze autres qui voulaient tout lui expliquer. Et lorsqu’il sentit qu’à son tour, il pouvait parler, il leur dit :
– Mais cette femme, vous l’avez vue ? Vous la connaissez ? Où se trouve son exploitation agricole ? Ce serait pas, des fois, tout en bas du territoire communal, près du hameau de La Trouée ? Parce que des gens que je connais et qui habitent là m’ont dit, il y a quelques temps de ça, que tout le hameau était entouré maintenant par une véritable forêt de bouleaux blancs. Les habitants du coin son enchantés, ils n’ont jamais vu d’arbres aussi beaux.
Si par hasard, l’agricultrice les enlève pour les mettre en ville alors ils vont se révolter.
Bon, on en est pas encore là puisque vous m’avez dit que le consul avait gardé le secret.
Mais, mes amis, voyez plutôt cette jeune femme qui vient vers nous. Ne serait-ce pas elle que le consul attend ?
C’est elle qui s’adressa à eux sans plus de façons :
– Bonjour messieurs, j’ai rendez-vous avec le consul, pourriez-vous me dire où je puis le trouver ?
– Nous allons vous guider, il n’y a pas de problème.
Mais nous sommes de son conseil et il nous a dit qu’une dame arboricultrice lui avait conseillé de planter des bouleaux en ville. Est-ce vous ?
– Puisque vous êtes informés, vous devez savoir que je me nomme Vamka Chelvert et que j’exploite depuis quelques années un élevage de bouleaux.
– Mais comment vous est venue cette idée que vous avez donnée au consul, de planter des bouleaux en ville ?
– C’est une très longue histoire que je ne puis vous raconter maintenant. Disons simplement que le bouleau représente, pour moi, l’arbre parfait et en prime il est magnifique à voir. Tous les gens qui vivent autour de lui sont heureux et satisfaits de sa compagnie.
Voilà pourquoi j’ai suggéré au consul cette plantation en ville. Et s’il m’appelle, c’est certainement pour me donner quelques nouvelles.
Allons, je vous prie, indiquez-moi où se tient son bureau.
Les magistrats laissèrent au dernier venu la charge de conduire Vamka chez le consul.
Dès qu’elle fut introduite, ce ne fut qu’un cri de joie :
– Enfin vous voilà ! Il s’approcha d’elle et l’embrassa sur les deux joues.
Je pourrais vous parler des heures durant sur la réussite des trois bouleaux mais le mieux que nous ayons à faire est de nous rendre chez moi et vous verrez de vous-même le résultat.
Peu de temps plus tard, le consul, le douzième magistrat et Vamka Chelvert se trouvaient sur le balcon (de la maison sur le pont de la rue du Ruisseau, le fameux château) et ils pouvaient admirer les 3 bouleaux.
Ce fut un long moment de silence. Les deux hommes s’étaient mis en retrait et laissaient Vamka contempler et admirer les trois bouleaux.
Ils ne disaient rien et elle non plus mais son visage était maintenant couvert de larmes qu’elle avait plaisir à laisser couler.
Pendant un moment, les deux hommes crurent l’entendre parler aux trois bouleaux.
Puis ce fut bref, elle se retourna vers le consul avec un visage tout mouillé mais qui rayonnait de joie.
– Nous avons gagné consul, je crois bien, lui dit-elle.
– Oui, nous avons gagné. La première fois que je vous ai vue, je ne saurai l’expliquer, mais j’ai su que vous ne veniez que pour ça : planter des arbres dans notre ville pour la faire revivre.
– C’est beau n’est-ce pas, dit Vamka.
– Oui, c’est plus que beau, c’est magnifique.
Et le douzième magistrat qui n’avait rien dit jusque-là, se permit d’ajouter :
– Non seulement c’est magnifique mais d’après ce que m’ont dit les autres membres du conseil, vous allez inonder la ville d’arbres. Alors, ce sera encore plus que magnifique, ce sera superbe.
Le consul reprit la parole et, s’adressant à Vamka, il lui dit :
– Je me félicite d’avoir suivi vos conseils et nous pouvons voir que notre but est atteint : les bouleaux poussent en ville, ils dépassent en hauteur le toit des maisons, ils vont enchanter les habitants, leur prodiguer un air sain, attirer les oiseaux et redonner vie à la ville.
Dès demain et progressivement, toutes les places de stationnement des voitures seront remplacées par des bouleaux. Les trottoirs larges supporteront tous les dix mètres un bouleau et sur chaque place, il y aura un bouleau pour dix mètres carrés de surface.
Mais, il nous faudra faire avec la quantité d’arbres qu’il vous sera possible de fournir à la ville.
– Monsieur le consul vous avez attendu patiemment de voir monter les 3 bouleaux que je vous avais donnés jusqu’aux toits de la ville.
Mais pendant ces années, je n’ai pas cessé de planter et nous pourrons fournir à la ville la quantité qu’elle voudra.
Bien entendu, tous les arbres qui sont prêts ne sont pas aussi grands que ces trois-là. Il y en a des petits, des moyens et des grands.
Ils sont prêts et n’attendent que votre volonté. C’est une armée de végétaux qui va envahir la ville.
– Mais un chiffre, au moins, dites-nous.
– Ils sont plus de cent mille.