Accueil > 02 - Histoires Courtes > 44 - La maison sur le pont
44 - La maison sur le pont
vendredi 13 mars 2020, par
C’est un petit cours d’eau. Il se situe entre le ruisseau et la rivière. Il manque de régularité car il a beaucoup de hauts et de bas. Certains prétendent que ses eaux sont formées par l’écoulement des eaux de pluie (ce qui semble d’une grande évidence), d’autres disent qu’elles proviennent d’une rivière située au nord de la ville. Son origine n’est pas très importante mais ce qui est certain, c’est qu’il a toujours été connu sous ce nom : Le Ruisseau. Il va d’Ouest en Est et, maintenant, traverse la ville de Plouques.
Si l’on pouvait remonter le temps, on trouverait certainement une période de sa vie où il passait au travers de la nature sans personne pour le regarder couler.
Mais plus tard, les hommes l’ont découvert et se sont rapprochés de lui car sa présence leur facilitait bien la vie.
Peu à peu, ils construisirent sur ses berges leurs cabanes de bois et de pierres. Ils installèrent là leurs jardins, leurs vergers, leurs enclos.
Avec le temps qui passe toujours, les cabanes et la plupart des jardins furent remplacés par de solides maisons.
La population augmentait et les constructions suivaient le rythme.
Tant et si bien que Le Ruisseau traversait ce qui était devenu une ville. Ce n’était qu’une longue suite de maisons qui se touchaient presque toutes. Il n’y avait pas beaucoup de places libres entre elles.
Pour passer au-dessus du Ruisseau, il n’y avait que deux ponts, l’un à l’entrée de la ville et l’autre à la sortie.
Il fut alors un temps où l’activité des habitants avait tellement évolué que Le Ruisseau devint une gêne pour les déplacements.
Après quelques hésitations puis aussi beaucoup de regrets, il fut décidé que Le Ruisseau serait couvert en ville et qu’il vivrait sa vie sous terre. Cela ne l’empêcherait pas d’aller plus loin pour enfin finir dans la mer.
Et donc, ce cours d’eau qui passait au travers de la ville devint une voie de terre. Elle fut nommée la Rue du Ruisseau. Et les voitures, les chevaux et les gens purent circuler plus facilement.
Plus tard, il arriva qu’un riche manant qui avait beaucoup d’argent, de nombreuses et puissantes relations, s’installa dans une maison de la Rue du Ruisseau. Il embellit tellement sa maison qu’elle prit l’allure d’un château de plusieurs niveaux. Mais comme le nombre d’étages, en ville, était limité à quatre, il se trouva bien vite à l’étroit.
Alors, il dépensa une fortune pour acheter la maison en face de chez lui, de l’autre côté de la rue. Et, de cette maison, il en fit la réplique de la première mais il n’avait pas encore fini les aménagements qu’il se heurta à cette belle évidence : pour aller de sa première maison à la seconde, lui, sa famille et ses gens étaient obligés constamment de traverser la Rue du Ruisseau.
Tout de suite, il trouva la solution, ses puissantes relations et son argent lui permirent de construire à ses frais un pont sur la Rue du Ruisseau qui relia les quatre étages de ses deux maisons. Et à la fin des travaux, le pont supportait une véritable maison. Au niveau du premier étage, un grand balcon de pierre se tournait vers l’Est.
Cette grandiose construction qui pouvait paraître comme un château un peu particulier ne gênait pas le passage des gens et des véhicules qui empruntaient la Rue du Ruisseau.
Le temps passa, bien sûr, mais le nombre de véhicules motorisés qui roulaient dans la rue et sous le pont devenait, chaque année nouvelle, de plus en plus considérable.
C’est à cette époque que le consul devint propriétaire du château de la Rue du Ruisseau. Lorsqu’il venait sur le balcon de la maison sur le pont de la Rue du Ruisseau, il avait de la peine à compter les voitures automobiles qui circulaient par là, tant il y en avait.
Comme il avait le souci des gens de sa ville, il fit entreprendre des études sur les qualités et les défauts de l’air que les gens y respiraient. Quelques mois plus tard, il reçut les résultats et comprit que l’heure était grave.
C’est alors qu’il fit la connaissance d’une jeune femme qui venait s’installer dans le pays comme arboricultrice. Elle lui suggéra de tenter l’expérimentation de planter des arbres en ville. Or, un cousin du consul possédait une maison toute proche du château et elle avait une petite cour. Il lui demanda, à titre d’expérience de planter dans sa cour trois arbres.
Le cousin fit comme on lui demandait et chaque matin, le consul se postait sur son balcon et voyait les progrès de la plantation. Les trois arbres prenaient leurs petites habitudes, ils poussaient et grandissaient.
Et au bout de quelques années, les feuillages des arbres dépassèrent le toit des maisons qui les entouraient.
Le consul se dit qu’il avait là une bonne solution et que si ces trois bouleaux poussaient ici, alors bien d’autres pourraient envahir la ville.