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Saisons

mardi 3 février 2015, par Albert

L’hiver, dans le coin des Hauts de Plouques, est mal-aimé. Tous les habitants le regardent venir sans joie et il est à peine là, pas même installé, à la recherche de ses aises, que déjà tout le monde ne pense qu’à une chose : qu’il s’en aille au loin le plus vite possible.
Mais entre leurs désirs fous de beau temps et la réalité, il y a toute l’étendue de l’oliveraie Mikos. Elle est si importante qu’ils s’imaginent que le froid est venu par ici uniquement pour faire plaisir aux oliviers d’Oscar Mikos.
Ces arbres, on les compte par milliers et ils profitent du temps glacial pour se reposer, pour s’endormir. Ils y ont droit, eux aussi. C’est un besoin naturel. Oscar a expliqué de nombreuses fois qu’il fallait une bonne dormance aux oliviers pour avoir neuf mois plus tard une récolte abondante.
Alors quand les grands froids occupent toute la campagne, lorsque les jours sont tellement gris qu’on ne voit plus le soleil, que le mercure du thermomètre descend si bas que plus personne n’ose le regarder, les voisins de l’oliveraie sont si tendus qu’ils deviendraient facilement agressifs.
Ils pensent que si cette froidure est là, c’est la faute aux oliviers ; à écouter les gens on finirait par croire que ce sont les oliviers qui ont demandé à l’hiver de venir ici.
Certains vont même jusqu’à envisager qu’Oscar et ses oliviers déménagent d’ici pour s’installer plus au sud. Ils pensent que les oliviers ne sont pas à leur place.
Se rendent-ils compte de l’énormité de la chose ? Se doutent-ils de la perte qu’ils subiraient, si cela était vraiment possible ?
Oscar les laisse dire et d’un sourire les renvoie chez eux. Il sait qu’ils vont bien vite se pelotonner près de leurs radiateurs électriques ou, pour les plus chanceux, admirer les hautes flammes du petit bois de chêne vert qui brûle dans le foyer de leur cheminée.
"Il suffit d’attendre, leur dit-il. Le temps passe aussi vite ailleurs que dans ce quartier des Hauts de Plouques. Peut-être que cette année nous aurons la primeur des beaux jours. Allez vite vous mettre à l’abri"
Et il ajoute chaque fois :
"Et n’oubliez pas, début mai, de venir pour la fête du pollen. Je suis certain qu’à ce moment vous ne vous souviendrez même plus si l’hiver a été froid, ni s’il a duré longtemps".
C’était un peu vrai ce qu’il leur disait Oscar.
Et vers le cinq mai ( la date avait été fixé par Oscar Mikos, le propriétaire de l’oliveraie Mikos ) se déroulait au milieu des milliers d’oliviers la grande fête du pollen. De nombreux habitants de Plouques venaient en famille envahir l’oliveraie pour remuer l’air et activer le transport du pollen entre les oliviers.
À ces moments-là, nul ne se souvenait de l’hiver, du froid, du gris, de la neige. Tout le monde avait l’esprit préoccupé par d’autres choses bien plus agréables.
Eh bien, malgré cette ambiance de fête, en cherchant un peu, on finissait toujours par trouver un grincheux coincé entre deux oliviers ( il voulait être le premier à se plaindre, ou bien il ne pouvait pas faire autrement ) qui déjà se lamentait de la chaleur de l’été qui n’allait pas tarder à arriver.

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