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La lecture
mardi 29 décembre 2015, par
Au plus loin que remontent mes souvenirs se trouvent les murs d’un paradis.
À l’intérieur des quatre limites, le soleil était presque toujours présent.
C’était certainement suffisant pour être heureux en ce lieu entouré de murs crépis à la tyrolienne d’un ciment bleu gris foncé rébarbatif, granuleux, rêche, agressif, fait pour écarter les visiteurs et assurer une solitude quiète.
Mais c’était sans compter qu’ici l’ennui pouvait aussi s’installer malgré les levers de soleil frais et humides, les fournaises de l’après midi, les heures fraîches du soir, les jeux, les feux de paille, les tonnerres fracassants des orages, le vent assourdissant qui se glissait au travers des pare-feuilles.
Alors pour s’en aller, sans partir car ce n’était pas possible, la lecture des livres d’aventures apportait les clefs de mondes différents. C’étaient d’autres paradis, d’autres pays de cocagne et surtout c’était ailleurs.
J’ai lu tant d’histoires qu’un jour, un beau jour certainement, un jour du paradis j’ai décidé d’écrire.
C’était une bonne idée, certainement que, moi aussi, je voulais raconter mon paradis.
Depuis ce jour-là, il ne se passe pas de jour sans que j’ai l’occasion de contempler, admiratif et songeur, les suites de cette idée merveilleuse, les conséquences de cette décision.
Elles ressemblent étrangement au quatre murs d’une prison.
Bien sûr ce ne sont pas n’importe quels murs. Ils ont l’allure d’un lieu tapissé de feuilles de papier.
Et toutes ces feuilles sont blanches.
Je dois dessiner au-dessus des feuilles, à l’intérieur de leur limite rectangulaire des milliers de caractères qui se tiennent plus ou moins bien sur des lignes qui semblent horizontales mais penchent toujours d’un côté ou de l’autre.
C’est la faute aux stylos-plume qui me tiennent la main pour tracer ces lettres, ces signes qui forment des textes sur les pages des murs.
Page après page, je vois se dessiner sur les parois de ma prison des personnages inconnus.
Certains se lient d’amitié, d’autres s’en vont, disparaissent, sont bientôt oubliés. Et sans tapage des nouveaux se présentent.
Ils cherchent leur place et se proposent pour me tenir compagnie ici ou là sur les murs de ma prison.